Mercredi 10 septembre 2008
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On est content, on étrenne une nouvelle émission. On s’est fait tout beau et on annonce : « Au menu : une absente, Christine Angot. » L’a pas voulu venir. Elle
craignait qu’on n’aime pas son livre et qu’on le lui dise en face. L’a eu de la chance la Christine car, en évitant une critique frontale, elle a eu droit à quinze minutes de : « Si elle avait été
là, on lui aurait dit ceci et cela, et patati et patata, et tralali et tralala… ».
Finalement ils étaient pas si méchants, les joyeux troubadours, Christophe Ono-dit-Biot et Frédéric Andrau, tout reconnaissants qu’ils étaient de ne pas avoir à partager le regard des caméras avec
elle. L’absence adoucit les mœurs.
Du coup, la fugitive s’érigeait en personnage mythique, un Commandeur absent et omniprésent tout à la fois. Chapeau pour la mise en scène. La meilleure façon de faire parler de soi est de
disparaître.
— Et ils ont parlé du livre ?
— De quel livre ?
— Du sien, pardi : du Marché des amants…
— Euh… Je me souviens qu’ils ont raconté certaines anecdotes : « morte de trouille à l’idée de franchir le périphérique en mobylette », « une certaine peur du neuf trois ou du dix-huitième
(arrondissement) », je ne sais plus…
— Et le livre ?
— Il se vend bien.
— Mais la littérature dans tout çà ?
— Qué littérature ? Mais de quoi tu parles ? Tu te rends pas compte ! Là, on traite de sujets beaucoup plus graves, des sujets de société. Par exemple : un Noir avec une Blanche, c’est pas un
problème çà ? Il paraît qu’on n’avait pas trop écrit là-dessus avant, c’est du neuf - pas de la déco -, c’est fondamental.
— Ah bon…
— Ils ont aussi abordé la cause des femmes… Enfin, d’une certaine manière… Se faire baiser par devant ou par derrière, telle était la question.
— Pardon ?
— Ben oui, c’est l’angoissante problématique du trou. Faut pas se tromper ! Même qu’elle le répète plusieurs fois dans le livre. Elle a peur, je te dis, elle a peur cette femme.
— Qué trou ?
— L’abîme, l’espace abyssal, notre trou noir à nous, la super nova de nos entrailles. Notre envers secret. C’est presque une approche métaphysique. Enfin zut ! Tu comprends rien à rien. — Euh, sans
doute. Il doit y avoir des choses qui m’échappent. C’est vraiment important ?
Anne Saint Dreux www.lesilesdusalut.com
A propos de l’émission « Café littéraire » du Vendredi 5 septembre 2008
Par Anne Saint Dreux
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Publié dans : Actualité littéraire
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